Iran

Au coeur des coutumes locales

Carole

19 août 2018

Amis Téhéran

Aux portes de Téhéran – 16-17.08.2018

Plus de 600 kilomètres séparent Tabriz de Téhéran. C’est donc une longue route qui nous attend avec encore plus de paysages désertiques, encore plus de montagnes arc-en-ciel et toujours ces petits villages de terre tapis au pied des montagnes. C’est absolument splendide !

Téhéran a la réputation d’être une ville où la circulation est un vrai cauchemar. De plus, ici les règles de circulation et les priorités… connaissent pas ! Or les Iraniens aiment sortir tard le soir et profiter de la fraîcheur de la nuit. On les trouve littéralement partout, dès que se présente un parterre de gazon ou à même l’asphalte, assis sur une couverture à pique-niquer : dans les jardins et les parcs, près des lacs et des fontaines, et le plus étonnant, le long des routes et des autoroutes. Il est donc illusoire pour nous de pénétrer la ville à ces heures tardives, alors qu’il fait déjà nuit. Il sera plus sage d’y rouler en matinée quand les habitants profiteront encore du confort de leurs lits. C’est ainsi que nous repérons un petit parc aux portes de la ville où nous décidons de passer la nuit.

Le lendemain matin, tandis qu’Antares est chargé et que Lahana attend patiemment assise à côté de nous, l’embrayage ne répond plus. Après démontage des pièces, Mike en conclut à un encrassement avancé mais les joints sont trop usés : l’idéal et pour éviter que ça ne se reproduise serait quand même de les remplacer. C’est à ce moment que s’arrête près de nous un jeune homme de quinze ans, Amirreza, accompagné de son papa, qui nous demande dans un anglais ma foi plutôt bon, si nous avons besoin d’aide. Malheureusement pour nous, il est vendredi, un jour équivalent à notre dimanche : les garages et les magasins de pièces détachées sont tous fermés. Qu’à cela ne tienne ! Voilà une raison alléguée pour justifier une invitation à souper chez nos nouvelles connaissances ! Cette soirée et la journée qui va suivre sont à ce jour de loin les plus significatives en termes de choc culturel que nous ayons vécues depuis le début de notre voyage.

La maison d’Amirreza est assez sommaire. Il y a une petite cour extérieure clôturée où se trouvent les toilettes turques. Le lavabo est dans la cour. Les membres de la famille s’y lavent les mains et le visage avant d’entrer dans le logis. On se déchausse devant la porte d’entrée. Amirreza active la sonnette de la maison : une manière très subtile d’avertir sa maman que des invités arrivent et qu’elle doit se couvrir la tête – les femmes ne portent le hijab à la maison qu’en présence d’autres hommes que ceux de la famille.

L’habitat est tout en longueur, un peu à la manière des maisons victoriennes londoniennes. On accède à la porte d’entrée par un perron. A l’intérieur, on longe d’abord un couloir au fond duquel se trouve un escalier pour l’étage. On descend quelques marches et sous l’escalier se trouve une petite cuisine très élémentaire. Le séjour se trouve au rez-de-chaussée sur la partie avant de la maison. La salle de bain se situe sur le palier intermédiaire et les chambres sont à l’étage.

Nous sommes invités à prendre place dans le séjour. C’est une pièce à vivre importante qui fait environ 40 m2. Elle est composée de deux parties, une première avec des chaises, adossées aux parois de part et d’autre du salon et une seconde avec des coussins à même le sol. Nous prenons place sur les chaises alors que toute la famille s’assied par terre, chacun selon ses coutumes… c’est rigolo. Amirreza joue les traducteurs pendant que sa maman nous offre le thé.

Un peu plus tard dans la soirée, l’oncle, sa femme et ses enfants nous rejoignent pour le souper. La tendance est franche : les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes. Pendant que ces messieurs discutent au salon, les épouses s’affairent : une est en cuisine et l’autre s’adonne à la couture… assise dans le corridor ! Si sa dextérité m’impressionne, j’ai mal pour ses articulations. Comment fait-elle pour travailler dans des conditions pareilles alors qu’il y a une table juste à côté d’elle : la machine, bien que magnifique, est entièrement manuelle, l’éclairage est insuffisant, et les enfants la bousculent à chaque instant. Je lui tire mon chapeau. Elle crée une robe de toutes pièces le temps d’une soirée !

Le repas est prêt. On sort une nappe et on la déplie par terre au milieu du salon. Les plats sont déposés au centre et chacun prend place en tailleur autour des mets. En général, les Iraniens mangent avec une cuillère à soupe et une fourchette, parfois avec les mains selon le type d’aliments servis. Tout le monde rit de bon cœur de notre maladresse. C’est une vraie gymnastique : essayer de maintenir une posture qui permet à notre sang de circuler plus de quelques secondes à l’intérieur de nos veines et couper la viande à la cuillère demande une certaine adresse que nous n’avons décidemment pas. On assiste à un véritable spectacle de marionnettes mal coordonnées.

Après le repas, les hommes retournent à leur discussion et les femmes débarrassent la table, que dis-je, le sol ! A mon grand étonnement, casseroles et plats sont répartis par terre, dans la cuisine où l’aînée des cousins procède au tri des aliments restants. Ce n’est quand même pas très commun.

Les hommes s’absentent un moment. La porte d’entrée se ferme et hijab et pardessus sont retirés dans la foulée. C’est une vraie chance pour moi de participer à ces moments intimes, reflet identitaire d’une société aux mœurs opposées aux nôtres.

La soirée s’achève autour du thé, du backgammon et au gré des discussions. Puis nous retournons au camion. Malgré l’invitation à rester pour la nuit, nous optons pour le confort de notre maison roulante. 

Pique-nique au bord du lac – 18.08.2018

Le lendemain, Mike s’en va avec le papa d’Amirreza, qui a pris congé pour l’occasion afin de l’aider dans sa recherche de pièces détachées. Je reste au parc avec Lahana et ai la surprise de voir Amirreza débarquer avec le petit déjeuner. Quelle gentille attention de la part de sa maman !

Plus tard dans la journée, alors que les pièces ont pu être changées et que l’embrayage fonctionne à nouveau, toute la famille nous propose un pique-nique au lac Chitgar. Nous voilà à nouveau plongés dans les traditions locales. C’est avec enthousiasme que nous acceptons l’invitation !

Nous arrivons de nuit, il est déjà plus de 22h. La météo est idéale et les températures bien plus agréables qu’en journée. Couverture, coussins, réchaud à gaz pour le thé, gril à charbon de bois pour les grillades, graines en apéro (oui ça paraît bizarre mais les Iraniens – comme les Turcs d’ailleurs – en sont très friands), légumes, pain, etc. Rien ne manque ! On se régale.

Nous laissons ensuite les hommes entre eux et partons faire une promenade au bord du lac avec les enfants. Je leur paie un tour de manège et de toboggan à chacun pour remercier les parents de leur hospitalité à notre égard et de l’aide mécanique apportée. Puis nous plions bagage et retournons respectivement à la maison et au camion.

Départ pour le centre-ville – 19.08.2018

Nous avons promis à Amirreza de le prendre avec nous quelques jours au centre-ville. Il est en vacances et il s’agit pour lui aussi d’une intéressante expérience : passer du temps avec des Européens et pouvoir pratiquer son anglais en live. Alors que nous nous rendons chez lui et que nous pensions avoir eu un bel aperçu des habitudes quotidiennes, nous sommes une nouvelle fois surpris. Le petit déjeuner est servi… par terre dans le corridor. Allez…pourquoi pas ! Merci à cette charmante famille d’avoir « veillé » sur nous pendant ces deux jours et de nous avoir fait découvrir l’authenticité de leur culture. Il est temps de passer à des choses un peu moins passionnantes, celles des formalités douanières pour la suite de notre voyage…

 
blog comments powered by Disqus